Personne ne sait vraiment qui a été le premier.
Le premier à sauter sur un tram en marche.
Le premier à fixer la cabine de tête et à se dire : « Je peux le faire. »
Peut-être un gamin des bas-fonds.
Peut-être un ancien membre de gang.
Peut-être juste quelqu'un qui avait besoin de prouver qu'il existait.
À Night City, les légendes naissent rarement d'un acte héroïque.
Elles naissent d'une idée débile de quelqu'un qui survit assez longtemps pour la raconter.
Aujourd'hui, on appelle ça les Couronnes du Rail.
Les règles tiennent en une ligne :
Atteindre la tête du tram avant les autres.
Le reste, c'est une affaire de cran, d'implants et de chance.
La plupart des participants ne courent pas pour l'argent.
L'argent finit toujours par suivre.
Ils courent pour la réputation.
Pour ce moment où, pendant quelques secondes, toute la ville semble retenir son souffle.
Parce que la ville regarde.
Les voitures ralentissent sur les voies parallèles.
Les paris changent de main.
Les caméras clandestines s'allument.
Les braindances enregistrent tout.
Même les corporations observent.
Officiellement, ces courses n'existent pas.
Officieusement, certains recruteurs ont déjà déniché leurs meilleurs éléments sur les toits d'un tram lancé à pleine vitesse.
Cette nuit-là, deux silhouettes couraient vers la cabine de tête.
La première semblait glisser sur le métal.
La seconde paraissait lutter contre chaque secousse de la machine.
Les spectateurs avaient déjà choisi leur favori.
Mais Night City aime rappeler que les statistiques ne sont qu'une autre façon de se planter.
Au loin, la boucle approchait.
Un virage suspendu entre les tours de béton et les panneaux publicitaires.
L'endroit où les paris deviennent silencieux.
L'endroit où les meilleurs se révèlent.
Et où les autres disparaissent.
Dans les jours qui ont suivi, plusieurs témoins ont juré avoir vu le même jeune homme entrer en boitant dans une petite clinique du district Watson.
Une de ces échoppes où on pose peu de questions et où les rideaux restent toujours tirés.
Le genre d'endroit tenu par un Ripperdoc.
NOTES DE L'ARTISTE : CONCEPTION & MÉTHODOLOGIE
Pour cette pièce, j’ai adopté une approche hybride, en m’appuyant d’abord sur la rigueur du dessin traditionnel. Le travail s’est déroulé en trois grandes étapes. Le travail a été articulé en trois phases :
Phase 1 : Esquisse structurelle — J’ai posé les lignes de force et les points de fuite pour garantir la crédibilité mécanique du tramway et de la ville.
Phase 2 : Tracé (Lineart) — Utilisation de fineliners pour faire ressortir le contraste entre la froideur de l’acier industriel et le mouvement vivant des coureurs.
Phase 3 : Finalisation — La colorisation a été pensée comme un processus en deux temps : une première couche à l’encre à l’eau pour fixer les valeurs et l’ambiance générale. Puis, par-dessus, j’ai retravaillé l’ensemble aux crayons de couleur. C’était un pari risqué, mais nécessaire pour casser la monotonie du médium liquide et obtenir cette texture granuleuse, cette profondeur chromatique qui plonge le spectateur dans l’univers cyberpunk et l’atmosphère viciée de Neo-Shibuya.