Au plus profond des entrailles du monde, là où la lumière n’existe plus que dans les contes et où le silence n’est rompu que par des échos d’agonie, s’étendent les cavernes des Druchii. Un royaume fait de pierre, de soie et de sang.
Ar’thas avançait sans un son.
Sa monture, une araignée des cavernes mutilée – privée d’une patte, mais pas de sa férocité – glissait sur la roche comme une ombre vivante. On la nommait Vraex, la Dixième, en souvenir de ce membre perdu lors d’un vieux combat. Pour certains, c’était une faiblesse. Pour Ar’thas, c’était la preuve qu’elle savait survivre.
Et dans ces profondeurs… survivre, c’était déjà régner.
Les torches de chitine brûlée crépitaient le long des galeries de la Maison Velyndra. Personne ne l’attendait, mais Ar’thas n’avait jamais eu besoin d’invitation. Chez les Elfes Noirs, les portes ne s’ouvrent pas – elles se brisent.
D’un geste à peine esquissé, il tira sur les rênes. Vraex se hissa au plafond, se faufilant au-dessus des gardes, ses pattes crochues s’accrochant à la pierre comme si elles en faisaient partie. En dessous, deux sentinelles riaient encore, inconscientes de la mort suspendue au-dessus de leurs têtes.
Un fil. Invisible. Silencieux. Puis un cri étranglé.
Les corps furent remontés lentement vers les ténèbres, avalés sans laisser de trace. Ar’thas ne daigna même pas regarder.
Ce n’était pas encore l’heure.
La guerre entre les Maisons n’avait jamais cessé. Elle changeait simplement de visage.
Aujourd’hui, une disparition.
Demain, un massacre.
Toujours… une trahison.
La Matriarche Velyndra avait commis une erreur. Elle avait cru pouvoir manipuler Ar’thas, se servir de lui pour éliminer ses rivaux… avant de l’effacer à son tour. Une tentative maladroite. Presque insultante.
Ar’thas n’éprouvait ni colère, ni rancune. Juste… une envie méthodique de remettre les choses en ordre.
Dans la salle du trône, la Matriarche l’attendait. Entourée de ses prêtresses et de ses guerriers, elle affichait déjà un sourire, convaincue d’avoir tout anticipé.
C’est alors que Vraex tomba du plafond. Le chaos fut instantané.
Lames sifflantes, cris perçants – mais l’araignée était déjà en mouvement, ses pattes transperçant armures et chairs dans un ballet brutal. L’absence de sa dixième patte ne la ralentissait pas ; elle compensait par une violence imprévisible.
Ar’thas toucha le sol avec une grâce mortelle.
Il ne tua pas tout de suite.
Ce n’était pas dans ses habitudes.
La Matriarche fut capturée.
Vivante.
Consciente.
Dans les profondeurs les plus anciennes de la caverne, là où même les autres Druchii n’osaient s’aventurer, Ar’thas installa son œuvre. Les toiles de Vraex tissèrent un cocon épais, vibrant, presque vivant.
Le temps devint… une matière à part entière.
Chaque cri était une note. Chaque supplication, une variation.
Ar’thas sculptait la souffrance avec la précision d’un artiste. Et quand enfin la Matriarche comprit – vraiment – qu’aucune mort rapide ne viendrait la délivrer…
Alors seulement, Ar’thas ressentit quelque chose.
Une satisfaction froide.
Parfaite.
Lorsque tout fut achevé, il remonta vers les cavernes habitées, là où les autres Maisons ne manqueraient pas de voir les signes.
Un corps suspendu.
Une toile marquée.
Un symbole gravé dans la chair.
Un message.
Vraex émit un cliquetis doux, impatiente.
Ar’thas posa une main sur sa carapace.
« Oui… » murmura-t-il… Ils vont répondre. »
Dans l’obscurité, ses yeux brillèrent d’une lueur faible.
« Et nous avons encore tant à créer. »