Le vent hurle entre les coques. Pas comme une tempête, mais comme une meute affamée.
Le Léviathan des Vents domine tout, une cathédrale de fer suspendue dans les cieux, entourée de sa flotte comme une cour autour d’une reine invisible.
Accrochée au cordage, Jin avance sans même jeter un coup d’œil vers le bas. Elle n’en a pas besoin. Elle le sait, au fond d’elle.
En face, la capitaine corporatiste se déplace avec une précision implacable. Chaque pas est sûr, calculé, économe. Son bras mécanique — plus utilitaire qu’élégant — épouse ses mouvements avec une fluidité presque organique. Ce n’est pas une simple prothèse. C’est une distinction, une marque.
— « Tu es tenace, Jin Cogwheel ».
Sa voix tranche le vent sans effort. Pas forte, juste maîtrisée.
— « Et toi, Maera Voss, tu grimpes vite », répond Jin, un demi-sourire au coin des lèvres.
Un battement. Les deux femmes se jaugeaient déjà… bien avant cette rencontre.
— « Assez pour ne pas tomber avec le reste du monde ».
Le câble oscille violemment. Mais aucune ne recule. En contrebas, un vaisseau de la flotte passe trop bas. Une erreur. Un fragment de coque se détache, chute, puis disparaît dans le silence.
Le regard de Jin s’y accroche. Pas celui de la capitaine. Ou plutôt — elle refuse de le faire.
— « Tu sais ce qu’il y a là-dessous ».
Un silence. Infime, mais révélateur.
— « Je sais ce qui mérite d’être oublié », rétorque Maera.
L’attaque est instantanée. Précise, sans colère. Leurs lames s’entrechoquent, leurs corps basculent avec le câble, oscillant dans le vide comme deux pendules prêtes à s’arrêter. Mais là où Jin lutte pour protéger quelque chose… Maera combat pour accéder.
Chaque coup qu’elle porte est froid, efficace, dépourvu d’hésitation. Elle n’est pas cruelle. Elle est convaincue.
— « Le Léviathan offre une place à ceux qui comprennent, dit-elle en pressant son attaque. Pas à ceux qui doutent ».
Jin recule, absorbe, observe. Ses yeux ne suivent pas la lame. Ils analysent l’environnement, les tensions, les attaches. Comme Elara lui avait appris. Puis, sans prévenir — elle tranche le câble.
Le monde cède. Pour la première fois, la capitaine perd son masque. Pas de peur, mais de surprise pure. Elles chutent ensemble, happées par la gravité, percutant une voile inférieure dans une explosion de toile déchirée.
Silence. Souffle court. Cordages qui grincent. Au-dessus d’elles, le Léviathan des Vents poursuit sa route, indifférent.
Et entre ces deux femmes, une certitude vient de naître : ce combat ne fait que commencer.