La pluie dégoulinait en traînées sombres sur la plaine, charriant de la suie et du vieux sang. Le sol, retourné par d’innombrables batailles effacées de la mémoire, n’était plus qu’une boue épaisse où les bottes s’enlisaient… et où les cadavres finissaient par sombrer.
Mais ce soir-là, le sol se remit à trembler.
Un grondement naissait à l’horizon. Ce n’était pas l’orage. Ni un tremblement de terre.
C’était un Waaagh!
Ils déferlaient comme une marée vivante — des Peaux-Vertes hurlants, frappant leurs armes contre leurs armures cabossées, riant à pleine gorge comme si la guerre était la seule chose qui comptait. Et pour eux… c’était littéralement le cas.
En tête, juché sur un sanglier géant bardé de ferraille, se tenait Vorgak.
Massif, trapu, écrasé sous une armure de plaques épaisses hérissée de pointes, il ressemblait moins à un guerrier qu’à une forteresse ambulante. Des trophées de fortune — crânes, lambeaux d’armure — pendaient à ses épaules et s’entrechoquaient à chacun de ses mouvements. Son visage, à moitié caché sous un casque bosselé, laissait deviner un rictus bestial, fait pour mordre autant que pour ricaner.
Dans son poing, il serrait une hache monstrueuse.
La lame, large comme un torse, était grossière mais d’un poids terrible, avec un tranchant capable de couper un homme en deux et une pointe de l’autre côté conçue pour percer et broyer. Ce n’était pas une arme faite pour la finesse — c’était une arme faite pour enfoncer.
Sous lui, le sanglier avançait comme un bélier vivant.
Énorme, trapu, tout en muscles roulants sous une peau coriace, il était protégé par un caparaçon de plaques cloutées qui lui couvraient le crâne et l’échine. Les pointes fichées dans cette armure de fortune transformaient chaque choc en boucherie. Ses défenses, longues et épaisses, portaient des traces de vieux sang, prêtes à éventrer tout ce qui se mettrait en travers.
La bête soufflait bruyamment, une haleine chaude et fétide lui sortant des naseaux, tandis que ses petits yeux sombres brûlaient de la même violence obtuse que son cavalier.
Ils ne faisaient qu’un. Même puanteur. Même fureur. Même envie de foncer droit devant pour voir ce qui casserait en premier. Ils n’avaient pas besoin de parler. Juste de cibles.
Au loin, les Elfes attendaient. Alignés. Immuables. Parfaits.
Leurs armures d’argent captaient la lumière mourante comme si elles refusaient d’appartenir à ce monde souillé. Leurs lances formaient un mur précis, discipliné, chaque geste calculé, chaque respiration contrôlée. Ils attendaient et les Peaux-Vertes riaient.
Un éclair verdâtre déchira le ciel.
Derrière les rangs orques, un Chaman leva son bâton tordu, les yeux révulsés, écumant de puissance brute. L’air se mit à vibrer, chargé d’une énergie épaisse, sauvage — la Waaagh! — qui s’insinua dans chaque muscle, chaque cri, chaque pensée.
Vorgak hurla — un cri si violent qu’on aurait dit qu’il arrachait la gorge du monde.
Et la charge s’ébranla.
Le sanglier bondit, creusant la boue sous ses sabots, propulsant Vorgak droit sur la ligne elfique. Autour de lui, les autres Peaux-Vertes se ruèrent, trébuchant, frappant, bousculant — une avalanche vivante de violence pure.
Les Elfes ne bougèrent pas... jusqu’au tout dernier moment. Puis leurs lances s’abaissèrent d’un seul mouvement.
Le choc fut monstrueux.
Des corps furent transpercés, des cris éclatèrent — mais la marée ne s’arrêta pas. Les Peaux-Vertes s’empalaient, glissaient le long des hampes, attrapaient les lances à mains nues pour arracher leurs porteurs vers eux.
Vorgak percuta la ligne.
Sa hache s’abattit.
Un Elfe disparut sous le coup — pas tombé, mais pulvérisé, comme si le monde lui-même avait refusé de le garder en un seul morceau. La pointe s’enfonça ensuite dans une armure d’argent qui se plia comme du fer-blanc.
Le sanglier mordit. Cracha. Chargea de nouveau.
Les Elfes tentaient de tenir leur formation, mais le chaos s’infiltrait. Trop de bruit. Trop de rage. Trop de… vie.
Parce que là où ils se battaient avec précision, les Peaux-Vertes se battaient avec tout leur être.
Un autre éclair vert explosa.
Le Chaman hurla, et la Waaagh! enfla encore, chargeant l’air d’une fureur presque palpable.
Vorgak rit d'un rire gras, sauvage, éclaboussé de sang.
« Gork ! Mork ! REGARDEZ-MOI ÇA ! »
Et comme en réponse, il frappa plus fort. Plus vite. Plus brutal.
Chaque coup était une prière. Chaque mort, une offrande.
La ligne elfique céda. Pas d’un seul coup mais par fissures.
Et dans ces brèches, les Peaux-Vertes s’engouffrèrent comme des bêtes affamées.
La bataille tourna au massacre et au cœur de cette tempête, Vorgak et son sanglier continuaient d’avancer, couverts de boue, de sang et d’une gloire brutale.
Parce que pour eux, il n’y avait pas de fin. Juste le combat.
Et tant que Gork serait brutal mè ruzé…
Et que Mork serait ruzé mè brutal…
Alors le Waaagh ! ne s’arrêterait jamais.
Dossier : Incursion Orque – Secteur des Plaines Cendrées
Auteur : Capitaine-Archiviste Helmut Krieger
Statut : Confidentiel – À l'attention des officiers supérieurs
RAPPORT D'OBSERVATION :
Un spécimen impressionnant, surnommé Vorgak, a été identifié. Il porte une armure de plaques épaisses mal ajustées mais solidement rivetées. Son arme, une hache dont la lame est plus large qu'un crâne humain, cause des blessures mortelles même à travers l'acier.
LA MONTURE :
Une créature porcine de taille inhabituelle, véritable bélier de siège vivant. Le binôme fait preuve d'une synergie agressive extrême.
NOTE DE TERRAIN :
Vorgak a percuté une formation de lanciers elfes en ordre serré. Malgré les pertes, sa progression n'a pas été entravée. Il a littéralement pulvérisé la ligne.
CONCLUSION :
Éviter tout engagement frontal sans soutien d'artillerie lourde.
Note personnelle : Si les récits des prêtres disent vrai, alors leurs dieux doivent rire à chaque coup porté par cette créature.